Article du Journal du Docteur Benyahi
Depuis quelque temps, un mot circule beaucoup autour de l’augmentation mammaire : « Préservé », ou « Préservation ». On le retrouve dans les communications de la marque Motiva et chez de nombreux chirurgiens, présenté comme une nouvelle façon de poser des prothèses. Alors, révolution ou simple appellation ? Posons les choses clairement — car derrière ce nom se cache une réalité que les patientes ont le droit de comprendre : le fameux « devant ou derrière le muscle ».
L’essentiel en bref
- « Préservé » / « Préservation » n’est pas une technique nouvelle : c’est la mise en place prépectorale, c’est-à-dire la prothèse devant le muscle.
- Son principe : préserver le muscle, avec une incision minimale et une technique « no-touch ».
- Les bénéfices : moins de douleurs, pas de déformation à l’effort, une récupération rapide et un résultat naturel — c’est même réalisable sous anesthésie locale.
- Le vrai sujet n’est pas le nom, mais le choix devant ou derrière le muscle — qui se décide en consultation.
« Préservé », « Préservation » : de quoi parle-t-on vraiment ?
Le terme met en avant une idée simple et juste : préserver l’anatomie de la patiente, et notamment son muscle. Mais il faut être honnête sur un point : cette approche porte un nom marketing récent, alors que la technique qu’elle décrit existe déjà et a un nom médical précis — la mise en place prépectorale, c’est-à-dire la prothèse placée devant le muscle (et non dessous).
Autrement dit, choisir la « Préservation », c’est choisir le prépectoral. Ce n’est pas une découverte, mais une pratique que nous menons, associée à une exécution soignée : petite incision, technique « no-touch », prothèses modernes adaptées.
Idées reçues et réalité
Pour y voir clair, prenons les idées les plus répandues.
« La Préservation est une technique révolutionnaire. » En réalité, c’est la mise en place prépectorale (devant le muscle), qui existe déjà. Ce qui compte, c’est de préserver le muscle, avec une incision minimale et une technique no-touch.
« Pour un résultat naturel, il faut forcément placer la prothèse derrière le muscle. » Ce n’était vrai qu’avec les anciennes prothèses. Aujourd’hui, une prothèse ronde souple s’adapte à la position debout et donne un galbe naturel devant le muscle, même chez les patientes minces.
« Derrière le muscle, il y a beaucoup moins de coque. » À nuancer fortement (voir plus bas) : cet écart repose surtout sur d’anciennes prothèses et se réduit nettement avec les implants modernes.
« Tout se joue sur la marque de la prothèse. » Non. L’essentiel tient au plan d’implantation (devant le muscle) et à la qualité du geste (incision minimale, no-touch). La prothèse est un outil, pas une formule magique.
Pourquoi ce virage vers le « devant le muscle » ?
Pour comprendre, il faut revenir à la qualité des anciennes prothèses. Il y a quinze ou vingt ans, leur enveloppe était rigide et leur gel très ferme : la prothèse ne s’adaptait pas au corps. Posée devant le muscle, elle laissait voir ses reliefs, surtout dans le décolleté. On la cachait donc sous le muscle — et cette astuce est devenue un dogme mondial.
Puis tout a basculé. Fin 2018, les prothèses Allergan Biocell macrotexturées sont retirées ; en avril 2019, l’ANSM interdit en France les implants macrotexturés et en polyuréthane (risque rare mais grave de lymphome). On passe alors tous aux prothèses rondes — et c’est précisément à cette période que le prépectoral prend son essor.
Une prothèse ronde souple se comporte comme une poche qui s’adapte à la position debout. Elle redonne une forme naturelle sans avoir besoin d’être placée sous le muscle.
Au fait, qu’est-ce qu’un gel « cohésif » ?
Le silicone des prothèses n’est pas liquide : c’est un gel dont les molécules sont liées entre elles. Il se tient d’un seul bloc, comme une gomme souple, et reste en place même si l’enveloppe est abîmée. Un gel très cohésif est ferme et garde une forme fixe (les anciennes prothèses) ; un gel cohésif mais souple se tient tout en s’adaptant aux mouvements et à la position debout (les prothèses actuelles).
Ce que « préserver le muscle » change concrètement
C’est là toute la rupture avec l’ancienne approche. Placer la prothèse devant le muscle, sans le décoller, apporte :
- un confort post-opératoire remarquable : beaucoup de patientes ne ressentent quasiment rien après l’intervention ;
- aucune déformation à l’effort (pas d’« animation » de la prothèse quand le muscle se contracte) ;
- un vrai confort au sport ;
- un sein qui bouge et vieillit naturellement, en harmonie avec le corps ;
- une récupération plus rapide.
À cela s’ajoute la façon de poser la prothèse : une incision minimale et une technique « no-touch » (sans contact). Grâce à un manchon d’insertion stérile — un outil qui a révolutionné la pose des prothèses —, l’implant est glissé directement dans sa loge sans jamais être touché, ce qui limite le risque de contamination.
Et la coque ? Ce que disent vraiment les études
La contracture capsulaire — la « coque » — a longtemps été l’argument massue en faveur du derrière-le-muscle. Soyons honnêtes et précis.
Les études trouvent bien une différence : environ 1,7 % de coque derrière le muscle contre 9,6 % devant (différence statistiquement forte). Sur le papier, l’écart n’est pas négligeable.
Mais deux réserves majeures s’imposent. D’une part, les résultats varient énormément d’une étude à l’autre. D’autre part — et surtout — ces chiffres reposent en grande partie sur d’anciennes prothèses, posées avec des techniques d’un autre temps. La coque dépend aussi de nombreux facteurs (surface de la prothèse, rigueur de la technique, hématome), pas seulement de la position.
La différence observée reflète surtout une époque révolue. Avec les prothèses lisses et souples actuelles et une technique soigneuse, l’écart se réduit fortement.
Alors, devant ou derrière le muscle ?
Attention à ne pas remplacer un dogme par un autre : la position devant le muscle n’est pas systématique, et certaines situations justifient d’autres choix. Mais la logique s’est inversée : on cherche désormais à préserver l’anatomie chaque fois que c’est possible.
Le bon choix dépend de vos tissus, votre morphologie, votre mode de vie et vos attentes — et se décide ensemble, en consultation.
Questions fréquentes
La technique « Préservé » est-elle différente du prépectoral ? Non : c’est la même chose. « Préservé » ou « Préservation » est un nom donné à la mise en place de la prothèse devant le muscle, en le préservant.
La position devant le muscle donne-t-elle un résultat moins naturel ? Non, plus aujourd’hui. Une prothèse ronde souple s’adapte à la position debout et redonne un galbe naturel, même chez les patientes minces.
Qu’est-ce qu’un gel « cohésif » ? Un gel de silicone dont les molécules sont liées entre elles : il se tient d’un seul tenant, comme une gomme souple, et reste en place même si l’enveloppe est abîmée. Les prothèses modernes sont à la fois cohésives (sûres) et souples (naturelles).
Est-ce vrai que le rétropectoral fait moins de coque ? Les données anciennes montraient une différence, mais elles reposent sur d’anciennes prothèses. Avec les implants lisses actuels et une technique rigoureuse, cet écart se réduit fortement.
Le « devant le muscle » fait-il moins mal ? Oui, en général nettement : le muscle n’étant pas décollé, les suites sont souvent très confortables.
Le choix entre une prothèse devant ou derrière le muscle mérite une vraie discussion, au-delà des effets de mode.
En consultation
Le choix entre une prothèse devant ou derrière le muscle mérite une vraie discussion, au-delà des effets de mode. Pour en savoir plus sur l’intervention, consultez la page dédiée à l’augmentation mammaire, ou prenez rendez-vous pour une consultation personnalisée.