Par le Dr Djazia Benyahi — Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique, Paris
« Le bon résultat, c’est la bonne indication pour la bonne patiente. » Toutes les techniques d’augmentation mammaire sont bonnes. Ce qui change tout, c’est de choisir celle qui correspond à votre morphologie, à votre situation et à votre objectif. C’est tout l’enjeu de la consultation.
L’augmentation mammaire est l’une des interventions les plus demandées en chirurgie esthétique. Mais derrière ce terme unique se cachent en réalité plusieurs techniques très différentes, qui ne s’adressent pas aux mêmes femmes. Cette page a un objectif simple : vous donner une information honnête et complète, pour aborder votre réflexion — et votre consultation — avec des repères clairs.
Trois techniques, une seule logique : l’indication
Il existe trois grandes façons d’augmenter le volume de la poitrine. Aucune n’est « meilleure » dans l’absolu : chacune répond à une situation.
1. Les prothèses (implants)
La technique de référence pour obtenir un gain de volume net et maîtrisé. Elle convient particulièrement aux poitrines peu volumineuses ou lorsqu’on souhaite une augmentation significative que la graisse seule ne permettrait pas.
2. Le lipofilling (augmentation par la graisse)
Cette technique utilise votre propre graisse : on la prélève par liposuccion là où elle est en excès (ventre, hanches, cuisses), puis on la réinjecte dans la poitrine. Le résultat est très naturel, sans corps étranger, mais le gain de volume est plus modéré et suppose de disposer d’une réserve de graisse suffisante.
3. La technique mixte (prothèse + graisse)
Dans certaines situations, associer une prothèse et du lipofilling permet de combiner les avantages des deux : le volume de l’implant et le naturel apporté par la graisse, notamment pour adoucir les contours. C’est une option intéressante pour des poitrines très fines ou des demandes précises.
Comment se fait le choix ? Il ne dépend pas d’une mode, mais de vous. Lors de la consultation, l’examen clinique et la discussion permettent d’évaluer ensemble les options éligibles, votre désir, vos contraintes physiques (qualité de la peau, volume existant, réserve de graisse) et votre objectif. C’est cet échange qui détermine la bonne technique.
Les prothèses : ce qu’il faut savoir aujourd’hui
La forme : pourquoi les implants ronds
Les prothèses existaient autrefois en forme « anatomique » (en goutte) et en forme ronde. On a longtemps avancé que la forme en goutte donnait un résultat plus naturel — c’est en partie une idée reçue : avec les gels souples actuels, l’implant rond se répartit naturellement et épouse les mouvements, pour un rendu tout aussi harmonieux. Aujourd’hui en France, la pratique s’est orientée vers les implants ronds, pour une raison de sécurité expliquée plus bas. Loin d’être une contrainte sur le résultat, c’est devenu possible précisément parce que les gels des dernières générations sont très souples.
Le revêtement et l’information sur le LAGC-AIM
Il existe une information importante que tout chirurgien a l’obligation de vous transmettre : le lymphome anaplasique à grandes cellules associé aux implants mammaires (LAGC-AIM). Il s’agit d’une maladie rare, liée non pas au gel de l’implant, mais à certains types de revêtement (texturation) de l’enveloppe.
Par mesure de précaution, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a retiré du marché français, à partir d’avril 2019, certains implants macrotexturés et les implants recouverts de polyuréthane. La pratique privilégie désormais les implants lisses ou microtexturés. C’est cette évolution qui a écarté les prothèses anatomiques (qui nécessitaient une texturation) au profit des implants ronds.
Pour remettre ce risque en perspective : il reste rare. Les autorités de santé ne recommandent pas de retrait préventif chez les femmes déjà porteuses d’implants texturés. L’essentiel, conformément aux recommandations officielles, est que vous et votre chirurgien discutiez ensemble des avantages et inconvénients de chaque option — ce qui est précisément la démarche de la consultation.
Le plan de pose : devant ou derrière le muscle
L’implant peut être positionné devant le muscle pectoral (position prépectorale, ou rétroglandulaire) ou derrière le muscle (position rétropectorale). C’est un sujet entouré d’idées reçues, et il mérite d’être clarifié honnêtement.
On entend souvent que la pose derrière le muscle limiterait le risque de « coque » (la contraction de la membrane qui se forme naturellement autour de l’implant). En réalité, les données scientifiques sont contrastées. Une méta-analyse de 2025 portant sur 11 études et plus de 17 000 cas trouve un avantage du plan rétropectoral [1] ; à l’inverse, une autre méta-analyse récente (16 études comparant les deux positions) ne met en évidence aucune différence significative [2]. Surtout, un point doit vous rassurer : dans les deux cas, ce risque reste faible. En pratique, les taux rapportés pour les implants lisses utilisés aujourd’hui se situent autour de 8 à 10 % en position prépectorale [3] et dans un ordre de grandeur comparable (environ 3 à 14 %) en position rétropectorale [3] — et de larges séries retrouvent des taux globaux de seulement 2 à 4 % [4]. Le plan de pose n’est donc pas le facteur décisif que l’on imagine parfois.
Pourquoi, alors, plaçait-on historiquement les prothèses derrière le muscle ? Parce que les anciennes prothèses étaient très dures et laissaient un effet visible, une sorte de « marche » au niveau du décolleté. Le muscle servait à masquer ce défaut. Les prothèses des dernières générations sont beaucoup plus souples et n’ont plus cet inconvénient — ce qui permet aujourd’hui de privilégier la position devant le muscle.
Concrètement, la position prépectorale (devant le muscle) présente plusieurs avantages :
- Beaucoup moins de douleur après l’intervention. La pose devant le muscle est peu douloureuse, alors que la pose derrière le muscle entraîne des suites nettement plus douloureuses.
- Pas de déformation à l’animation. Quand la prothèse est placée derrière le muscle, la contraction de celui-ci peut déformer le sein et le faire bouger de façon visible — un phénomène gênant au quotidien, et tout particulièrement lors d’une activité sportive. La position devant le muscle évite ce désagrément, ce qui en fait un argument de choix important, notamment chez les femmes sportives.
- Un vieillissement plus harmonieux. Derrière le muscle, la prothèse reste « retenue » en hauteur (même avec une technique de dual plane) : avec le temps, le sein suit sa ptôse naturelle tandis que l’implant, lui, ne descend pas — ce qui peut désolidariser le résultat. Devant le muscle, l’ensemble évolue de façon plus naturelle.
Comme pour le reste, ce choix se discute en consultation, en fonction de votre morphologie.
Le choix de l’incision : encore une question d’indication
La voie d’abord — par où l’implant est introduit — n’est pas la même pour toutes. Elle dépend notamment de la forme de votre sein et de votre type de peau.
- L’incision péri-aréolaire (au bord inférieur de l’aréole) : l’incision classique.
- L’incision dans le sillon sous-mammaire (sous le sein) : une autre option, à condition que ce sillon soit suffisamment marqué pour bien dissimuler la cicatrice.
Le type de peau joue un rôle important, en particulier vis-à-vis du risque de cicatrice chéloïde (cicatrice épaisse). Sur les peaux les plus sujettes aux chéloïdes — peaux asiatiques ou peaux noires notamment — l’incision dans le sillon a tendance à mal cicatriser ; on privilégie alors la voie péri-aréolaire. Lorsque le sein ne présente pas de sillon marqué (fréquent sur certaines morphologies), la voie péri-aréolaire est également préférée. À l’inverse, lorsque le sillon est bien dessiné et la cicatrisation favorable, l’incision sous-mammaire permet de très bien cacher la cicatrice.
Mon choix concernant la voie axillaire (par l’aisselle). Issue de la reconstruction mammaire, je ne retiens pas cette voie, pour deux raisons. D’une part, elle ne permet pas de positionner la prothèse avec la même précision : on opère un peu « à l’aveugle ». D’autre part, cet abord traverse la région des voies lymphatiques de l’aisselle. Or ce drainage est précieux : en cas de cancer du sein un jour, c’est lui qui permet de rechercher le ganglion sentinelle. Je préfère donc préserver cette zone — c’est une conviction qui vient de mon parcours en reconstruction.
Le déroulé, étape par étape
Au-delà de la technique, voici le parcours type — sachant que chaque étape est adaptée à votre situation.
- La (les) consultation(s). Examen clinique, écoute de votre objectif, choix de la technique et information complète, puis une consultation d’anesthésie. Un délai de réflexion est respecté.
- L’intervention. Réalisée sous anesthésie générale. La durée est relativement courte (de l’ordre de 45 à 90 minutes selon les études), variable selon les modalités et la présence éventuelle de chirurgiens associés.
- Le séjour. Dans la très grande majorité des cas, l’intervention se fait en ambulatoire : vous rentrez chez vous le jour même. Une nuit à la clinique reste possible si vous le souhaitez, ou si d’autres interventions importantes ont été associées à l’augmentation.
La récupération : parlons-en honnêtement
Une information loyale, c’est expliquer les suites sans rien minimiser ni exagérer.
Les premiers jours
Avec une pose devant le muscle (prépectorale), les premiers jours sont généralement peu douloureux : le choix du plan de pose joue un vrai rôle dans le confort post-opératoire. C’est l’un des atouts concrets de cette technique.
Le soutien-gorge de maintien est conseillé la première dizaine de jours, surtout pour le confort et pour limiter un peu l’œdème. Soyons claires : il ne change rien au résultat — ce n’est pas un facteur d’amélioration, seulement de confort et de réassurance. Ensuite, beaucoup de patientes le portent en journée et le retirent la nuit, ce qui convient très bien.
La reprise des activités
Elle est progressive, sur deux à trois semaines selon vous et selon l’activité. Une reprise douce intervient assez vite, mais les activités sollicitant le buste demandent plus de patience : la course à pied, par exemple, se reprend plutôt vers trois semaines à un mois, pas à deux semaines. Les données de la littérature situent d’ailleurs la récupération complète jusqu’à environ six semaines.
Une consultation post-opératoire de contrôle est prévue vers une semaine à quinze jours, notamment pour vérifier la cicatrisation.
Le résultat définitif : une affaire de patience
C’est un point essentiel, souvent mal compris. Le résultat définitif n’apparaît qu’après la disparition de l’œdème, entre le 3ᵉ et le 6ᵉ mois. L’œdème dure au minimum trois mois — ce qu’un large consensus de la littérature confirme.
Conséquence importante : en post-opératoire immédiat, le volume paraît plus important qu’il ne le sera au final. Il faut donc accepter de se trouver, au tout début, un peu trop volumineuse — c’est normal, et c’est précisément ce qui permet d’obtenir le volume escompté une fois l’œdème résorbé. La patience est récompensée. Le choix de la taille de la prothèse fait partie de cette discussion, à mener avec votre chirurgien.
Et les risques ?
Comme toute intervention chirurgicale, l’augmentation mammaire comporte des risques, qui vous seront expliqués en détail et par écrit avant toute décision. Un chirurgien sérieux vous parle des risques : c’est une condition d’un consentement éclairé, et non un détail à passer sous silence. C’est aussi pourquoi la consultation et l’examen clinique sont irremplaçables — aucune information générale, sur ce site ou ailleurs, ne peut s’y substituer.
Envie d’y voir plus clair sur votre situation ? Seule une consultation, avec un examen clinique, permet de déterminer la technique adaptée à votre cas et de répondre précisément à vos questions. Le Dr Djazia Benyahi vous reçoit pour en discuter, à votre rythme.
Références bibliographiques
Les chiffres cités (taux de contracture capsulaire selon la position de la prothèse, durée et modalités de l’intervention, délai du résultat définitif) s’appuient sur les sources suivantes. Les taux varient selon le type d’implant, la technique et la durée de suivi : ils sont donnés à titre indicatif et ne préjugent pas d’un cas individuel.
[1] Haas E, Christodoulou N, Secanho M, et al. Capsular Contracture After Breast Augmentation: A Systematic Review and Meta-Analysis. Aesthet Surg J Open Forum. 2025;7:ojaf003.
[2] Marquez JL, French M, Ormiston L, et al. Capsular contracture in breast reconstruction: A systematic review and meta-analysis. J Plast Reconstr Aesthet Surg. 2024;102.
[3] Revue systématique des taux de contracture capsulaire selon le plan de pose (implants lisses, études depuis 2015) : environ 8,2 % en sous-glandulaire et 10,3 % en sous-fascial (prépectoral) ; ordre de grandeur d’environ 3 à 14 % en sous-musculaire (rétropectoral).
[4] Stevens WG, Nahabedian MY, Calobrace MB, et al. Risk factor analysis for capsular contracture. Plast Reconstr Surg. 2013;132(5):1115-1123.
[5] Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Informations relatives aux implants mammaires et au LAGC-AIM ; mesures de 2019 sur les implants macrotexturés et au polyuréthane.
Dr Djazia Benyahi
Chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique — Paris
RPPS : 10108378216
Cette page a une vocation purement informative et ne remplace pas une consultation médicale. Les informations réglementaires (notamment relatives au LAGC-AIM) sont susceptibles d’évoluer ; en cas de doute, l’ANSM et votre chirurgien restent les références.